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Sur les traces de Tibère, entre légendes et réalité

Voué aux gémonies, à l’enfer de l’histoire par son compatriote Suétone, écrivain-cavalier, Tibère n’apparaît plus si clairement aujourd’hui comme le tyran d’abord assoiffé de sexe et de sang dont...
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Voué aux gémonies, à l’enfer de l’histoire par son compatriote Suétone, écrivain-cavalier, Tibère n’apparaît plus si clairement aujourd’hui comme le tyran d’abord assoiffé de sexe et de sang dont on a bien voulu nous « abreuver ». Sa légende règne encore cependant sur Caprée – Capri, infini – qu’il préféra à Rome pour assouvir sa soif de solitude. Et de secrets incontestables. 

Par Jean-Pierre Du Méril

«Tibère était gros, robuste et d’une taille dépassant la moyenne ». Portrait réaliste sans doute mais datable des dernières années de son existence, celles-là même qu’il passa à Capri, l’île possible des sirènes de l’Odyssée. 

Né à Rome en 42 avant J.-C., il appartient à la gens : la noblesse. La gens Claudia exactement. Grande famille. Ce qui n’en fait pas pour autant un prince destiné à régner, mais un militaire plutôt, victorieux en Orient, en Gaule, en Germanie… Un stratège remarquable et remarqué. Par Octave, l’empereur, qui épouse en 38 avant J.-C. la jeune mère de Tibère, Livie. Ambitieuse, elle se rêve « mère de la Patrie ». Tibère sera, du moins le croit-elle, le pion qui lui permettra d’accéder, au-delà de son mariage impérial, aux plus hauts sommets de la reconnaissance personnelle. 

Si Octave l’adopte officiellement, Tibère n’en reste pas moins un adolescent puis un homme de retrait, de réflexion. Le pouvoir ne lui apparaît pas comme une fin, si l’on s’en tient à un comportement politique mesuré dont il ne se départira pas : « A l’égard des flatteries, son aversion fut telle qu’il ne laissa aucun sénateur aborder sa litière, soit pour lui rendre hommage, soit pour traiter d’affaires. » Etonnemment, cette distance pleine de sagesse et de science sur les comportements humains passera pour une forme d’ingratitude (le destin dynastique ne l’avait-il pas favorisé ?) et lorsqu’ il arrivera au sommet, il refusera le titre d’Auguste de même qu’une diffusion de son effigie, on le jugera pingre, avaricieux, voire inconscient. 

Pourquoi Tibère est-il mal-aimé ?

La naissance d’un frère puiné, préféré par son beau-père, l’avait accoutumé à l’indifférence et de toute façon au rejet. Il en fit une philosophie. C’est la mort prématuré de ce frère qui devait le porter progressivement au pouvoir en 14. Hésitant, Tibère se fait empereur malgré lui et découvre auparavant, à l’occasion de sa dernière entrevue avec Octave, l’île de Capri où celui-ci passe ses dernières heures. On l’accusera de l’avoir « assassiné ». Mais Tacite opte plutôt pour Livie, soucieuse de voir son fils succéder à Octave. 

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On accusera de même Tibère d’avoir fait assassiner ses propres fils et sa belle-fille Agrippine. Mais Suétone manie avec prudence et régularité le : « On raconte que… » De sorte que rien n’est prouvé, sinon induit. Tibère n’ignore pas sa légende et prévient que tout homme n’est qu’un homme, limité, inégal au point de préconiser, devenu empereur, qu’« il faut éviter de lier le sénat aux actes d’un homme, quel qu’il soit ». On ne saurait être plus clairvoyant, modéré, honnête. Suétone en témoigne : « Il était d’une patience inébranlable et répétait souvent que « dans un état libre la parole et la pensée devaient être libres. »

Retrouvez la suite de l’article sur Tibère dans le nouveau numéro de Garçon Magazine.

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