Paris : la justice condamne (enfin) un viol “lesbophobe”

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La Cour d’Assises de Paris a condamné pour la première fois un viol à caractère “lesbophobe”, vendredi 28 mai. C’est un verdict historique, un peu plus d’un an après le premier jugement. 

On n’y croyait pas, c’est arrivé ! Événement marquant dans les salles d’audience, la justice de Paris a rendu sa décision en faveur d’une femme homosexuelle, vendredi 28 mai. Au cours du cette séance finale, l’institution a reconnu un « viol en raison de l’orientation sexuelle ». « Là, les jurés ont dit qu’il n’avait pas le droit de me faire ça pour ce que je suis. Ça va beaucoup m’aider dans la réparation », a déclaré Jeanne, profondément meurtrie par cette agression « d’une violence inouïe »

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En conséquence, l’accusé va devoir purger 14 ans de réclusion criminelle sur cette base. Le parquet n’a pas pris en compte les séquelles physiques que la victime a subies, soit « très nombreuses plaies et ecchymoses » et un tympan perforé. Toutefois, son avocat y voit « un signal clair [envoyé] aux États européens ». « 10 % des femmes lesbiennes disent avoir [expérimenté au moins] un viol. On ne peut pas faire semblant de ne pas comprendre. », avait déclaré l’avocate générale au tribunal de Bobigny, en mars 2020.

Une agression punitive

En octobre 2017, au petit matin, un homme suit la jeune femme de 34 ans jusque chez elle. En cause, elle avait refusé un rapport non consenti après qu’il eût voulu flirter avec cette dernière dans les rues de la capitale. Succédant à une entrée par effraction à son domicile, l’auteur du crime avait affiché son intention de s’en prendre sexuellement à elle. « Tu kiffes les meufs ? Eh bien je vais te faire [aimer les hommes] », avait-il alors déclaré. « T’as compris ? Tu feras moins ta conne maintenant ? », lui avait-il lancé.

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Complètement détruite après ce drame, la femme lesbienne décide de porter plainte. L’affaire est directement portée aux tribunaux. « Le viol était nourri par ça, il voulait me nier en tant que lesbienne, me punir. », a-t-elle confié lors de l’audience, en mars 2020. « Au premier procès, j’avais été [déconsidérée] par la justice et la société, c’était ça le plus dur. », déplore-t-elle. Finalement, la volonté de son avocat (et d’elle aussi), à obtenir réparation les amène à saisir l’institution à Paris pour changer le verdict. Une bonne chose aujourd’hui, en somme, au vu de la décision. 

Une lesbophobie banalisée

Selon le rapport annuel de SOS homophobie, 29% des femmes lesbiennes ont été victimes de harcèlement, toute nature confondue. « Sylvie a 41 ans et vit dans l’Aube. Elle a subi des agressions sexuelles (dont une mutilation du clitoris) répétées par plusieurs hommes de son quartier. », peut-on notamment lire dans la série de témoignages. « Le viol punitif est quelque chose de courant, mais il y a très peu de dépôts de plaintes. », a affirmé vendredi à l’AFP Lucile Jomat, présidente de l’association, en marge du procès de Jeanne. 

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À ce titre, la militante parisienne a salué la décision de la justice et espère qu’elle fera de même avec toutes les autres affaires. « Les personnes lesbiennes sont extrêmement exposées aux violences et agressions sexuelles [en raison de] la haine et du mépris liés à leur orientation, mais aussi de la perception misogyne selon laquelle les femmes sont des ‘objets’ », a, de son côté, confié auprès de l’AFP Silvia Casalino, co-directrice de l’EuroCentralAsian Lesbian Community.

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