Le Refuge : Nicolas Noguier a plein de choses à dire

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Président historique du Refuge, Nicolas Noguier a dû abandonner des années d’efforts, le 19 février 2021. Pendant des mois, il a subi le joug des accusations de viol et de mauvaise gestion de la fondation. Aujourd’hui, l’activiste tente de se reconstruire et de reprendre à l’engagement associatif. Pour Garçon Magazine, il y revient longuement.

Nicolas Noguier, avez-vous pu aller de l’avant après votre départ ?

Non. Il est très difficile de tourner si rapidement la page de 18 années d’investissement au quotidien, après un tel rejet d’une violence sans précédent. Plusieurs administrateurs du Refuge pourront témoigner des pressions subies le 19 février 2021 pour poser ma démission à 1h du matin. 

Il a fallu surmonter tout ceci pendant des mois et je n’ai pas pu le faire seul. Les très nombreux élans de sympathie de toute la France m’ont aidé à ne pas sombrer (j’ai, à un moment, pensé à la mort, l’ai imaginé dans les moindres détails), les appels et messages m’ont énormément apporté. 

Aujourd’hui, je suis certes suivi par un psychiatre et sous lourd traitement médical, mais je vais mieux, me reconstruis et tente de passer à autre chose. Pour ça, je ne remercierai jamais assez celles et ceux qui se soucient encore de mon état de santé. 

N’était-ce pas déchirant d’avoir dû tirer un trait à toutes vos années d’efforts, de mobilisation et d’implication en un instant ?

Complètement. L’abandon et la mise à mort par certains membres du conseil d’administration ont été terribles. L’audit, réalisé en un temps record au sein d’une structure complexe et multisites, a pointé des forces et des faiblesses. C’est un acte courageux (de ma part), je ne pensais pas qu’il serait alors utilisé pour mon éviction.

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En réponse à cette enquête, j’ai présenté un plan d’action détaillé (sans aucun retour), mais la décision de mon départ était prise bien avant la publication du rapport. Finalement, comme l’a récemment indiqué l’actuelle Directrice générale à Midi-Libre (Sophie Delannoy, NDLR), ce rapport est précieux.

Pourquoi ont-ils voulu que vous quittiez le Refuge ?

Un administrateur a menacé de contacter les médias en précisant que j’avais refusé de donner ma démission. Et puis, certains s’étaient inscrits dans une haine et une lutte de pouvoir depuis plusieurs semaines, ce qui m’a profondément dégoûté. Je ne me voyais donc pas poursuivre avec ces personnes ayant tant de laideur d’âme, ni même m’accrocher à mon poste.

Jusqu’à ce jour, vous n’avez accordé aucune interview aux organes de presse LGBTQI+. Pourquoi donc ? Vous êtes-vous senti délaissé par la communauté ? 

Non, au contraire. Je n’avais juste pas la force de parler et surtout j’étais inaudible dans cet emballement journalistique. Cela dit, je comprends qu’on laisse la parole à ceux et celles qui se présentent comme victimes, mais pas sans vérification des propos tenus. C’est la raison pour laquelle j’ai, à mon tour, porté plainte pour tentative de chantage et pour diffamation, notamment.

Je n’ai pas, à ce jour, connaissance des accusations en dehors de ce que je peux lire dans les médias et c’est aussi une des raisons pour lesquelles je n’ai pas pu répondre. Difficile d’imaginer des accusations quand on n’a rien fait. Je sais aussi que le temps me rendra raison, mais il m’est très difficile en attendant de subir des attaques qui me blessent et qui blessent mes proches et ceux que j’aime.

Aujourd’hui, vous conservez votre casquette d’activiste puisque vous soutenez  l’association Famille au grand cœur. Cela vous donne-t-il de la joie comme c’était le cas avec le Refuge ?

Énormément, oui. Je suis épaté que 12 jeunes (de neuf pays différents), âgés de 18 à 30 ans, prennent autant de responsabilités pour aider les autres. C’est tellement enrichissant et beau de les voir s’emparer des locaux d’accueil (qu’ils ont récemment ouverts à Montpellier). Pour ça, je suis heureux d’avoir mis à profit mon réseau et mon expérience en développement associatif pour lever des fonds pour elles et eux.

Pensez-vous que cette structure peut connaître la même ascension et renommée que Le Refuge ?

J’en suis convaincu, même si c’est un immense défi. Selon moi, elle ira très loin et permettra aux citoyens français de changer leur regard trop souvent encore négatif sur les étrangers. Et puis, comme le disait Eleanor Roosevelt, « il faut toujours croire en la beauté de ses rêves ». 

Un mot pour la fin de cette interview ?

Un proverbe d’actualité : « c’est de la confiance que naît la trahison. ». 

Plus d’infos :

Nicolas Noguier et Frédéric Gal ont récemment lancé un comité de soutien pour obtenir justice concernant le scandale qui les vise.

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