Le rap français est-il plus queer que jamais ?

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En scandant ses raps queers à travers les plus grandes scènes mondiales, l’artiste américain Lil Nas X a particulièrement marqué les esprits cette année. S’affranchissant d’un rap au passé peu friendly, ce « power Bottom » assumé porte fièrement le drapeau de la communauté LGBTQ dans l’industrie. Numéro un des ventes sur Spotify, coverboy des magazines les plus prestigieux, clips colorés et thématiques ouvertement gay, il révolutionne cette musique à l’international. Une avancée qui laisse une question en suspens : qu’en est-il dans le rap français ?

Rap français et homosexualité… En France, il n’est pas aisé d’associer les deux mots, encore aujourd’hui. « Franchement, je n’arrive pas à te citer un rappeur gay » confie sans détours l’artiste Tracy de Sa. En juin 2021, pendant le mois des fiertés, elle publie un texte en collaboration avec nos confrères de Madame Rap « le hip-hop que je veux (…) ne sexualise pas les lesbiennes, ne hait pas les homosexuels et questionne l’hétéronormativité.», déclame-t-elle. Une vidéo particulièrement touchante dans un climat où la communauté rap n’est pas toujours tendre avec les queers. En août dernier, le rappeur américain Dababy faisait ses excuses après des propos sérophobes et homophobes. Face à ce type de comportement, Tracy de Sa croit au pouvoir des spectateurs « Avec la cancel culture, les messages discriminants passent moins. On voit un public plus impliqué dans l’écoute. », analyse-t-elle.

« Dans le rap franchement, je n’arrive pas à te citer un rappeur gay » Tracy de Sa 

Mais attention, le chemin est encore long, comme le raconte Tracy de Sa. « Tout à l’heure, j’ai écouté trois secondes du son d’un rappeur, il disait « moi je n’aime pas les gars qui se touchent entre eux… Rien que d’entendre des chanteurs parler de cette manière, c’est hyper dur pour un homme gay, par exemple ». Selon Tracy de Sa, au-delà de l’attentivité du public, la responsabilité doit aussi reposer sur les artistes eux-mêmes. « C’est à nous de créer un écosystème safe, car à la base le rap, c’était pour permettre aux minorités de s’exprimer ». De son côté, Karim Hammou, sociologue, auteur du livre Une histoire du rap en France (2012), croit en l’existence d’une variété plus queer. « Il est déjà présent. La question n’est pas celle de son apparition, mais celle de sa médiatisation et de son succès commercial. », juge-t-il. Une idée partagée par deux membres associatifs LGBT particulièrement ambitieux.

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Tracy de Sa : un nouvel album bientôt dans les bacs 

Tracy de Sa va bientôt sortir son album In Power, le 22 octobre prochain « En composant les morceaux, j’avais cette volonté de changer la narration. En tant que femme immigrée, j’ai toujours voulu me faire toute petite. Et puis, montrer son corps n’enlève rien à ma technique. Il y a notamment un son qui s’appelle Pride, je l’ai écrit pour dire comment il fallait que je sois fière de qui je suis. Je sais que je vais mettre des personnes queers dans le morceau. Dans mon clip Flirtaholic, déjà sorti, j’ai aussi embrassé des filles, car je n’ai pas envie de participer au système hétéronormatif où quand on voit les romances actuelles, elles ne sont qu’hétérosexuelles. J’essaie de l’écarter au maximum. Enfin, je veux prendre part au changement des représentations du couple.» 

Garçon
Crédit photo : Jon Verleysen

Retrouvez la suite de l’article sur le rap français queer dans le nouveau numéro de Garçon Magazine disponible ici.