Le milieu de l’horizon, le film d’une vie (de réalisatrice)

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Le Milieu de l'horizon

Signé Delphine Lehericey, Le milieu de l’horizon suit l’implosion d’une famille en plein été agricole difficile, à la fin des années 1970. Multi-sujets, le film s’empare de toutes les étapes de la vie et ses circonstances, de l’émancipation juvénile à l’exploration de la sexualité. Une atmosphère qui touche jusqu’à la réalisatrice elle-même. Elle nous en parle.

L’objet du long-métrage vous a-t-il directement attiré ?

Complètement, en particulier la thématique LGBT. Je venais de vivre une histoire relativement proche de celle de Nicole. J’avais quitté le père de mon fils pour une femme, j’ai reçu le scénario qui m’a touché en plein coeur. J’ai donc choisi de rehausser le côté queer et en atténuer d’autres.

Comment avez-vous amplifié ce sujet ?

Par le biais du regard du jeune garçon, particulièrement. Je trouvais très fort que l’homosexualité soit vue par ce dernier, d’autant plus que je l’ai rarement constaté au cinéma.

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Cet axe m’intéressait, car ça questionnait ma propre histoire, mais également celle de la famille qui se transforme et leur capacité à se connaître, se découvrir, se rencontrer. Et puis, que ce soit le mari, les enfants et le village tout entier, ils se rendent compte que quelque chose s’est produit.

C’est-à-dire ?

La mère de Gus ne part pas avec un homme, mais une femme. Ça a une déflagration et des conséquences différentes. Ça bouleverse l’ordre symbolique.

C’est comme un miroir de la sécheresse et du climat, où tout est renversé, les animaux trépassent au lieu d’être vivant, la terre meurt au lieu de donner à manger, la famille éclate. En somme, cet été caniculaire est le début des catastrophes intimes.

Le Milieu de l'horizon
Crédit photo : Outplay

Dans Le Milieu de l’horizon, Laetitia Casta incarne le rôle de la mère, Nicole. Ce choix était-il voulu ?

Oui. C’est mon acte militant. J’avais à coeur de trouver une actrice populaire, belle, appréciée et qui prête ses traits à Nicole, qui part avec une femme. Elle a une image très hétérosexuelle, c’est Marianne, la France.

J’ai donc été ravie qu’elle accepte le rôle, c’est courageux, qu’elle le prenne avec tant d’envie et de générosité, qu’elle le défende aussi bien. Réaliser un film où elle incarne une mère qui tombe amoureuse d’une personne de même sexe, ça raconte quelque chose de révolu mais qu’on pourrait vivre aujourd’hui.

Le Milieu de l’horizon est daté dans le temps. Pourtant, on sent qu’il pourrait avoir lieu en ce moment…

Effectivement. L’idée était de tourner un long-métrage d’époque (il se passe en 1976) qui a des échos avec ce qui passe aujourd’hui, toutes ses crispations autour de ces histoires-là.

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Quand je me suis emparé du scénario en 2017, j’ai halluciné. J’ai pensé : c’est fou comme les choses ont, d’une certaine façon, évolué, et pas du tout. Ça m’a donné très envie de faire ce film.

Un petit message pour inciter nos lecteurs à aller le voir ?

J’ai conscience que c’est un drame, mais il y a plein d’espoirs. Je dis toujours que pleurer n’est pas une mauvaise émotion. On ne va pas tous au cinéma pour rigoler ou oublier nos soucis. Ce que traversent les personnages, c’est l’humanité face à la fatalité de l’existence. Je pense qu’il fait du bien, car on grandit avec ce sentiment.

J’adore écrire et faire des drames. Je trouve que dans les larmes, il y a quelque chose de salvateur. Certes, on sort d’une période difficile, mais on ne doit pas aller la cacher sous le tapis : c’est bien d’être confronté aussi au réel.