Le Refuge

Le Refuge ne deviendrait-il qu’une simple image de com’ ?

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Depuis le changement de gouvernance, le Refuge est en pleine refonte de son système. De nouveaux visages apparaissent quand les anciens disparaissent. Sur le volet des missions, la communication, plus importante, est le signe d’une évolution complète, mais les actions ne semblent pas suivre le fil. Alors, qu’en est-il vraiment ? État des lieux.

Nouvel organigramme, pour le bon ou le pire ?

Sur fond de départs en chaîne, que beaucoup ont considérés comme le “déguisement” d’évictions silencieuses, de nombreux visages ont disparu de l’équipe de la fondation. À commencer par l’ancien président, Nicolas Noguier (suivie par le directeur général Frédéric Gal), les noms ont vite suivi, qu’ils soient délégataires ou hauts responsables : Dominique Gozillon, Sabrina Askelou, Clotilde Morizot, Carole Armada, Carole Donnée, Bruno Jouilleton-Miralles, Michel Bourigaud…

De l’autre côté, signe de la professionnalisation de la fondation, de nouveaux postes ont vu le jour, des visages (in)connus sont apparus. Caroline Lang, Xavier Vey, Hubert Fournier, Paul-Henri Ravier, Céline Carlez, Christophe Margaine, Béatrice Delville et Julien Hamy, pour en citer quelques-uns. De même, un partisan du PACS et du mariage pour tous, ancien du PS, a accédé à la présidence du Refuge.

Entre les deux, des personnes ont su conserver leur place au sein de la structure, à ceci près qu’ils et elles ont eu un/des poste(s) plus méritants. Et ce, à commencer par Sophie Delannoy, Clare Hart et Rémy Rego notamment. Sans parler du cumul de fonctions pour certains…

Des chiffres, oui, mais des actions ?

Lors d’un premier bilan, en juillet 2021, la communication du Refuge a établi quelques avancées sur son dispositif d’accueil et d’accompagnement des plus démunis. De ce fait, elle a révélé qu’elle a reçu environ 800 appels au cours de l’été, dont 400 concernant des jeunes, sur divers besoins (conseils, orientation, écoute, hébergement). De même, il y a eu 150 entretiens préliminaires, sans que nous sachions s’il ont eu lieu en visio ou en présentiel.

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Toutefois, là où on pourrait penser à une prouesse de la nouvelle gouvernance, il s’avère que la réussite de ce dispositif ne résulte que de l’investissement des anciens responsables, Nicolas Noguier et Frédéric Gal, qui ont, avec une partie de l’équipe d’époque, mis en place cette ligne. Ensuite, une médiatrice permet de solutionner les différents problèmes que peuvent rencontrer les salariés et bénévoles dans leur engagement : pression, charge de travail. Mais, là encore, l’initiative vient de la précédente direction, même si peu ou pas saisie.

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De plus, on ne sait pas si les chiffres relatifs au succès d’échange téléphonique sont suivis des faits. D’un côté, un communiqué prouve que 360 jeunes sont accompagnés par la fondation, quand 206 d’entre eux bénéficient d’un hébergement. De l’autre, en juillet dernier, une vidéo a montré quelques individus devant l’entrée d’une délégation à Montpellier, sous la pluie. Au même moment, une personne, arrivée sur place, a tenté de joindre la ligne téléphonique de la structure… sans retour. Bien que n’étant qu’un acte isolé, on se demande toutefois si cela peut avoir aussi lieu dans d’autres délégations.

Éthique, oui, mais dans la demi-mesure !

Sous la précédente gouvernance, des dysfonctionnements ont (re)fait surface quant à l’encadrement des trans. Jusqu’à présent, en effet, le suivi de cette communauté a entraîné une vague de mégenrages en chaîne. En 2019, notamment, SOS Transphobie avait recueilli un témoignage d’une victime de transphobie dans l’antenne de Toulouse. Et, la présence de Sophie Delannoy, comme directrice générale (et elle-même trans) devrait amener un meilleur climat dans l’accompagnement de cette minorité.

Sur le volet du droit à l’image, il semble aujourd’hui parfaitement respecté. Ceci dit, cette situation n’a pas toujours eu cours. En cause, Nicolas Noguier, ancien président du Refuge, a dû interpeller à de multiples reprises les nouveaux responsables de la fondation, comme le cinéaste affilié, Pascal Petit. Dans un dernier temps, le plus haut dirigeant de la structure, Michel Suchod, s’intéresserait davantage à la symbolique de sa fonction, plutôt que dans ses missions. Ce qui semble vouloir sa préférence pour une retraite bien dorée. Et puis, lors de la projection de Coming Alive, début octobre, l’homme avait marqué sa présence en disant haut et fort : « Je suis président du Refuge ».

Obligations : des lignes, mais pas de faits !

En réaction à l’audit du cabinet indépendant, BCG, en début d’année, une des mesures proposées a été la création d’un comité de suivi des engagements, extérieur à l’organisation et donc autonome. Sa mission première a pour but de rendre un rapport tous les mois. Toutefois, un des communiqués de presse a stipulé que le premier n’a été remis qu’en juillet 2021.

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De plus, aucun autre document n’a été transmis depuis ce temps. Une manière d’agir qui semble corroborer des témoignages recueillis par un article récent de Têtu, qui mentionnait en titre : « On ne gère pas une fondation comme une association locale ». Autant dire que l’équipe n’est clairement pas prête à diriger une structure telle que celle-ci et qu’elle a peut-être dit au revoir trop tôt aux anciens gouvernants.

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En dernier lieu, les responsables se sont engagés à échanger avec les différents membres et recenser leurs propositions de changement jusqu’en septembre dernier. Mais, une fois de plus, aucune annonce sur les résultats de ce qu’on pourrait nommer comme étant un « appel à contribution » n’a porté ses fruits. Du vent, peut-être ?

La conclusion ?

C’est un avenir incertain donc, qui coïncide avec une possible disparition du Refuge, mais attendons encore un peu. Laissons-leur le gain du temps.