Être LGBTQI en Ukraine : sous les feux de la Russie

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Nous avons eu la chance de lire Ilvy Njiokiktjien. Cette journaliste et photographe néerlandaise est partie en Ukraine à Lviv, auprès des jeunes ukrainiens LGBTQI durant cette période difficile. Ilvy a recueilli les histoires et les témoignages de plusieurs personnes LGBTQI qu’elle a, par la suite, pris en photo. 

Comme beaucoup d’autres ukraniens, les jeunes LGBTQI fuient les attaques. Ils essayent ou ont quitté leur ville natale pendant l’invasion. 

Comme le reste des citoyens, les LGBTQI craignent pour leur vie. Cependant une seconde menace plane au-dessus de leur tête. La communauté est violemment ciblée par une campagne d’oppression organisée par la Russie. En effet, des noms d’activistes LGBTQI seraient apparus sur des listes de personnes à abattre. 

Ainsi, dans leurs fuites, beaucoup d’entre eux ont fait en sorte de rester proches les uns les autres. Être avec des personnes qui partagent leurs idées, leur permet de jouir d’un sentiment de sécurité. Des refuges ont notamment été créés par des bénévoles. Là-bas, des médicaments contre le VIH et des traitements hormonaux y sont distribués. 

Le 24 février 2022, deux jours après le début de l’invasion, Ilvy Njiokiktjien a contacté plusieurs organisations LGBTQI ukrainiennes. Elle vit depuis quelque temps à Lviv pour recueillir des témoignages auprès de la communauté. Elle y rencontre les jeunes ukrainiens dans leurs refuges ou dans les abris spéciaux créés pour les LGBTQI. Les discussions entre la journaliste et les ukrainiens ont été difficiles. Mais à terme, certains LGBTQI très courageux ont accepté de parler à Ilvy et l’ont laissé capturer leur image dans leurs maisons temporaires. Ils parlent tous de leurs craintes, de leurs peurs mais aussi de leurs espoirs pour la communauté. 

“Ces personnes sont des âmes très courageuses qui, ces deux derniers jours, ont accepté de se faire photographier et de partager leur histoire”

Les personnes transgenres subissent des complications supplémentaires lorsqu’elles essayent de fuir leur pays.

En effet, dans de nombreux cas, les femmes et les hommes transgenres ont toujours dans leur passeport, la lettre indiquant qu’elles sont nées du sexe opposé. 

Ainsi, pour les femmes, même si elles ont subi une hormonothérapie dans les dernières années et qu’elles sont tout à fait féminines, sur le papier elles ne le sont pas. Elles ne peuvent donc pas quitter le pays car elles sont considérées comme des hommes par les autorités ukrainiennes.

Les hommes de 18 à 60 ans ne peuvent pas passer la frontière, doivent rester et de préférence s’engager dans l’armée. 

Jusqu’à aujourd’hui, la journaliste Ilvy a suivi et dépeint un groupe diversifié de personnes vivant dans des foyers temporaires. Elle a donc pu échanger et recueillir le témoignage de plusieurs personnes différentes. Des hommes gays, des lesbiennes, des personnes pansexuelles, des personnes non-binaires et des personnes transgenre. 

Il lui a fallu beaucoup de temps. Plusieurs semaines ont été nécéssaire pour gagner leur confiance et encore plus pour qu’elle soit autorisée à rentrer dans la vie de la communauté. 

Partager leurs histoires… 

Pas seulement leurs histoires LGBTQI, mais aussi leurs histoires d’amour, leurs rêves, leurs projets et leurs témoignages sur la façon dont les atrocités de cette guerre ont jusqu’à présent affecté leurs vies. Ils se sont notamment confiés sur leurs visions de l’avenir et comment seraient leurs vies en tant que LGBTQI. Selon les résultats de la guerre.

« Je ne veux pas être gay dans l’Ukraine que nous connaissons, telle que nous la connaissons. Après la guerre, les droits LGBTQI que nous avons acquis pourraient être perdus à tout jamais ».

Anton Levdik, Fulcrum (organisation LGBTQI)

La transsexuelle Sasha (21 ans), originaire de Kherson (la ville la plus détruite), veut essayer de passer la frontière. Elle est sous hormonothérapie depuis presque un an et les traits de son visage se féminisent peu à peu. Mais elle est à court d’injections d’hormones. Elle espère que lorsqu’elle passera en Pologne, le douanier la laissera partir.

Il y a aussi Denys, qui, en temps normal, aime être la drag-queen Zhanna. Après avoir critiqué la Russie lors de la gay pride de Kiev il y a quelques années. Denys a été pris pour cible par les médias russes. Il est sûr que son nom figure sur la liste des personnes à tuer établie par la Russie.

Bientôt,  Ilvy Njiokiktjien fera le portrait d’un couple de lesbiennes, qui a deux enfants et celui d’un trans-activiste bien connu de Kiev, qui arrivera bientôt dans un refuge à Lviv.

Un projet nécéssaire et dangereux…

Ilvy Njiokiktjien a entrepris ce travail dangereux. Grâce à elle, nous pouvons voir de plus près les dégâts de l’invasion Russe auprès de la communauté LGBTQI et à quel point leurs droits humains sont mis en danger. 

Si vous désirez venir en aide financièrement à la communauté Ukrainienne LGBTQI. Outright a mis en place une collecte de dons : cliquez-ici

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