Mais que se passe-t-il chez Act Up ?

De battre, notre coeur s'est arrêté.

Depuis quelques jours il se passe quelque-chose d’assez étrange sur les réseaux sociaux d’Act Up. Succession de tweets contradictoires postés en mode Donald Trump, appels au soutien des étudiants grévistes, accusations de violences sérophobes contre le gouvernement… Mais que se passe t-il chez Act Up ? On fait le point.

Tout a commencé avec le succès du film 120 Battements par Minute. Depuis la sortie en salle du film, Act Up, l’association de lutte contre le VIH et la sérophobie s’est réformée en profondeur et a exclu bon nombre des membres de son conseil d’administration qui n’ont pas hésité, avant leur départ, à poster un communiqué sur les réseaux sociaux dénonçant la politisation du mouvement et l’entrée, en son sein, de militants d’extrême gauche venus uniquement pour profiter de la notoriété de l’association.

« Il y avait une volonté délibérée d’un noyau de tout recentrer sur les migrants. »

Rémy Hamai, dernier président de l’association démissionnaire s’est confié au journal libération sur l’atmosphère de ce nouvel Act Up depuis la succès de 120BPM : « Nos dernières réunions hebdomadaires n’étaient plus que des engueulades violentes. Il y avait une volonté délibérée d’un noyau de tout recentrer sur les migrants, en élargissant notre combat aux lois politiques. Bien sûr que la lutte contre le sida est politique, mais nous, on se bat aussi pour les « séropos » et leur vie de tous les jours ». 

Depuis plusieurs semaines, la fac de Tolbiac (Paris I – Panthéon Sorbonne) est occupée par les grévistes opposés (entre autres) à la sélection à l’Université.

En effet, en ce qui concerne la crise migratoire, pas grand chose à voir avec le VIH. Mais au delà de ce sujet dont chacun est libre de penser ce qu’il veut, Act Up a, depuis quelques jours, tendance à s’éparpiller. Le 7 avril 2018, par exemple, le compte Twitter de l’association s’est répandu en soutiens envers les étudiants grévistes de Tolbiac après des affrontements (bien qu’ils se soient soldés par un pathétique battage en retraite au bout de quelques secondes) entre quelques bloqueurs et une dizaine de militants identitaires venus pour les déloger, le tout se terminant par un « RACISME = MORT ». On a vraiment du mal à voir le rapport entre  la lutte contre la sérophobie et le blocage de Tolbiac et à plus forte raison entre la grève des étudiants et la lutte contre le racisme.

Mais le plus grave reste sans doute ce tweet posté le 11 avril 2018 et accusant le gouvernement de « tabasser, d’expulser et de contaminer » des séropositifs. Nous avons fait quelques recherches au sujet de cette accusation, ce qui nous a permis de découvrir un cas d’expulsion d’une personne séropositive… présente illégalement sur le territoire français. Rien à voir avec sa séropositivité, donc. En revanche, nous n’avons rien trouvé en ce qui concerne le soit-disant « tabassage » d’une personne séropositive par les forces de l’ordre. Cette méthode argumentative, très souvent utilisée par les militants d’extrême droite et d’extrême gauche s’appelle un « sophisme », c’est à dire développer un raisonnement faux malgré une apparence de vérité pour déstabiliser l’interlocuteur… En l’occurence, une simple recherche sur google permet de contredire cette affirmation. 

Que se passe t-il chez Act Up ? La noble lutte contre le VIH et la sérophobie est-elle tombée dans les oubliettes au profit d’un combat politique où les militants venus de tous horizons n’ont plus leur place ? La réaction des anciens du mouvement ne s’est pas faite attendre et nombreux sont ceux qui se sont décidés à déserter l’association et à manifester leur mécontentement. De plus en plus isolé, Act Up doit subir les vives réactions des internautes à chaque tweet hors-sujet lorsque ceux-ci ne bident pas tout simplement. La question se pose de savoir si la nouvelle direction pourra continuer encore longtemps sur cette lancée sans revoir sa politique interne. Affaire à suivre.

Plus d’infos :
Compte Twitter d’Act Up.
Site internet d’Act Up.