Cinéma – Rencontre avec Michaël Dacheux, réalisateur de « L’Amour debout »

"Il y a encore du sens à raconter aujourd'hui l'histoire d'un garçon qui a peur d'assumer son désir"

Après le très réussi Sur le départ, moyen-métrage empreint de musique tourné à Mont-de-Marsans, le réalisateur quitte les Landes pour la capitale avec L’Amour Debout, parcours initiatique d’un apprenti cinéaste confronté à son attirance grandissante pour les garçons. Il nous présente les leitmotivs de ce film qui sortira en salle le 30 janvier.

Propos recueillis par Nicolas MAILLE

Le réalisateur Michaël Dacheux

Pourquoi ce titre de « L’Amour debout » ?
Un garçon m’avait dit qu’il était incapable de faire l’amour allongé. Il ne pouvait le faire que debout car c’était plus rapide. Il évitait ainsi l’intimité, la parole, le risque de devoir dormir avec son partenaire. Tous ces moments où l’on peut s’abandonner d’avantage. Jusqu’au milieu du film, Martin (le personnage principal) a, lui aussi, du mal à faire coïncider la sexualité avec le sentiment amoureux. C’était possible pour lui tant qu’il était avec une fille, car c’est accepté par la société. À l’inverse de l’homosexualité qui, pour lui, reste condamnée à la clandestinité.

Est-ce que cette représentation n’est pas délibérément à rebours des représentations LGBT actuelles ?
Beaucoup de choses ont évolué depuis les années 80-90 mais la découverte de l’homosexualité peut encore être vécue comme un drame intime. Tout le monde n’est pas torse nu sur les chars à quinze ans [rires] ! Je pense qu’il y a encore un sens à raconter, aujourd’hui, l’histoire d’un garçon qui a peur d’assumer son désir. Quand je regarde des films avec des intrigues trop hédonistes ou des personnages sans problème, je trouve la démarche toujours trop volontariste et j’ai du mal à y croire. C’est comme un programme esthétique qui ne concerne que quelques personnes. Ce n’est pas l’expérience que je vois autour du moi. Les choses ont le droit d’être complexes.

Comment avez-vous trouvé, Paul Delbreil, votre acteur principal ?
C’est un film que j’ai décidé de faire très rapidement et je n’avais pas envie de m’épuiser dans des castings. J’avais vu Paul Delbreil dans un film réalisé par mes étudiants. Je lui ai proposé le rôle. J’aime le fait qu’il amène quelque chose de terrien, d’un peu comique. Pour un personnage qui veut faire du cinéma, je trouvais intéressant qu’il ait ce côté décalé, drôle et ancré. Ce n’est pas un artiste romantique torturé.

Martin, le rôle qu’il a interprété, est-il votre double cinématographique ?
Au-delà de l’autobiographie, des choses qui peuvent ressembler à ma vie, le personnage vit des choses qui lui sont propres. Après je ne cache pas que le film est un récit initiatique et que j’ai pris très au sérieux mon apprentissage : étudier, trouver un logement et un travail, avoir des relations, grandir… Et transmettre aux autres. Les personnages sont aussi dans la transmission. Léa, l’ancienne copine de Martin, fait des visites, ce dernier intervient dans des ateliers de cinéma… Cette idée d’apprendre, de découvrir est très importante dans le film. […]

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« L’Amour debout », sortie en salle le 30 janvier 2019
epicentrefilms.com