Le Refuge

Scandale au Refuge : les bénévoles n’en peuvent plus

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Face au scandale que connaît Le Refuge, des bénévoles encore en exercice ont décidé de sortir du silence. C’est pour eux un moyen de “mettre un coup de pied” aux accusations qui pèsent sur la fondation

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Des mois après le début du scandale au Refuge, des membres ont choisi de parler, lundi 3 mai. “Nous réaffirmons ne jamais avoir subi ou été témoins de tentatives de pression, de harcèlement, d’humiliation ou de menace de leur part, que ce soit vis-à-vis des bénévoles ou des jeunes pris en charge.”, ont-ils tous confié dans un communiqué de presse. Ligne après ligne, les activistes ont démenti toutes les plaintes à l’encontre de la fondation et des anciens responsables : racisme, transphobie, ambiance générale « hypersexualisée », agressions sexuelles. Un moyen de devancer la nouvelle direction, qui reste muette.

À la genèse…

En décembre 2020, un important scandale éclate au sein de l’organisation LGBTQI+, après la publication d’une enquête de Mediapart. Dans les lignes, l’article en question relate ce qui est considéré par beaucoup comme des accusations graves, mettant notamment en cause Nicolas Noguier et Frédéric Gal. Ce qui est le début d’une lente, mais effrénée descente aux enfers. 

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D’abord silencieux, Nicolas Noguier, alors président, tente de s’expliquer aux médias. Brièvement, mais succinctement, il dément les faits qu’on lui reproche, assurant que seule une “quinzaine de démissions sont à déplorer cette année”. “Nul doute que votre objectif, vu la teneur orientée des questions, n’est pas de nous être favorable, ni de relater l’entièreté de ce qu’est le Refuge et donc d’être parfaitement objectif.”, écrit de son côté Frédéric Gal, ancien directeur général. Mais, leurs paroles sonnent comme des bruits sourds.

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Crédit photo : Le Refuge

Un bilan jugé accablant

Pour tenter de rétablir la situation, Nicolas Noguier sollicite les services du Boston Consulting Group (BCG). Pendant deux mois, le cabinet interroge des jeunes, des bénévoles, des délégataires et des anciens de la fondation. Parmi eux, les signataires de l’actuel communiqué prennent la parole : Thierry Batut, Mickaël Dutreuil, Odile Gal, Robert Gal, Romain Guillard ou encore Brigitte Longuemare. Ce qui permet à l’enseigne en question de recueillir plus de 1500 témoignages.

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En février 2020, le cabinet indépendant remet un dense et accablant rapport de 38 pages. “Un certain nombre de faits graves ont été portés à l’attention de notre équipe, [en particulier] des dysfonctionnements structurels imposant une réaction forte et urgente.”, alerte-t-il. La plupart des accusations concernent l’ancien président et le précédent directeur général : “Harcèlement moral”, “travail dissimulé”, “harcèlement sexuel”, “délaissement”,  “corruption de mineur”, “abus de faiblesse” et “non-assistance à personne en danger”. C’est la déflagration. 

Des départs forcés 

A l’apogée du scandale au sein du Refuge, Nicolas Noguier, puis Frédéric Gal, quittent leurs fonctions, dans ce que beaucoup (en interne) vont considérer comme “un départ forcé”. Telle une “chasse aux sorcières”, les renvois des délégataires et hauts responsables s’enchaînent, actions qui donnent lieu à un délaissement de toutes les autres missions, même l’accompagnement des jeunes. En tête, le président intérimaire Michel Suchod, la vice-présidente Marie-Claude Farcy et le conseil d’administration valident les exclusions. Parmi ces dernières, les noms de Sabrina Askelou et Michel Bourigaud vont notamment sortir dans les médias spécialisés et généralistes. Une triste conclusion, en somme.

Un cri d’alerte

Outre les critiques sur la nouvelle direction, les bénévoles veulent aujourd’hui que la situation revienne à la normale. En cause, ils s’inquiètent tous que la détresse, notamment psychologique, ne soit pas considérée comme une question primordiale. “Nous souhaitons qu’ils sachent que LE REFUGE [est et restera] l’espace d’écoute, de respect et d’accompagnement qui a si cruellement fait défaut à la plupart d’entre eux. C’est [s]a raison d’être.”, précisent-ils. En conclusion, si rien n’est fait, doit-on y voir une disparition de la fondation, à l’avenir ? Tragique dilemme !