Jonathan Louis, « 5 Guys chillin' »

"Il faut savoir s'amuser mais ne pas oublier qu'on est son propre ennemi"

Dans 5 Guys Chillin’, au Théâtre Clavel de Paris à partir du 22 janvier, le comédien incarne Mehdi, jeune trentenaire bisexuel évoluant entre vie de famille conventionnelle et désirs cachés. Évoquant la thématique et les dangers du chemsex, la pièce décortique et analyse avec finesse une pratique aux mille conséquences. C’est notamment pour cette raison que Jonathan Louis a accepté ce rôle transgressif, et a voulu nous en dire un peu plus…

Propos recueillis par Grégory Ardois-Remaud

Comment tu décrirais Mehdi, le personnage que tu incarnes dans cette pièce ?
Medhi est, pour moi, un personnage sensible, très affecté par son identité profonde, qu’il ne peut hélas, mettre au grand jour. Il doit se cacher face à sa famille, et aller dans le droit chemin que la religion lui affecte. Il pourrait dire non à cette vie, s’il ne s’était pas engagé à vie avec son épouse et n’avait eu jamais d’enfants. Il a des valeurs, des principes, et les respecte jusqu’au bout, tout comme les choix qu’il fait. Même s’il cache son côté obsédé à sa femme, elle n’est pas dupe.

Pourquoi avoir accepté de jouer ce rôle, et surtout dans cette pièce avec ce sujet ?
Christophe Garro [le metteur en scène] est venu à moi sur les conseils de Fabien Le Mouël, un ami comédien et metteur en scène. On s’est échangé quelques mots, autour d’un café, à la sortie du Théâtre de L’œuvre où je travaillais en tant que responsable de salle. J’ai lu la pièce attentivement et je me suis beaucoup reconnu dans Mehdi, et ce, pour plusieurs raisons. J’ai été élevé par une famille d’accueil marocaine et j’ai baigné dans la religion musulmane. Comprendre les mœurs de Mehdi est assez simple pour moi, aussi je ne peux qu’être que plus proche de ce rôle. Et puis, j’ai accepté parce que j’avais envie de parler de ce sujet, pour que les gens s’intéressent, au-delà de la « pratique sexuelle », à ce qu’est le chemsex : la douleur profonde des personnes enfermées dans cette spirale, devenue bien dangereuse pour eux puisqu’ils fuient une réalité certaine et se sentent rejetés par leur propre appartenance. Je trouve ça intéressant de mettre en lumière ce qui est parfois dans l’ombre et tabou.

Avez-vous, vous-même, été confronté, de près ou de loin, au chemsex ?
Je suis un vrai fêtard, mais je connais mes limites. Cela dit, avant de les connaître il faut être curieux pour dire : « stop ! ». Pour le rôle, je me suis rendu dans certaines soirées, par curiosité, pour me confronter à la réalité de voir le comportement de chacun face à ça. Et puis, j’ai travaillé dans le milieu de la nuit qui est déjà bien confronté au chemsex. J’ai vu des posts, sur Facebook, de personnes décédées de la drogue, à cause de cette pratique, et je trouvais important d’en souligner les dangers.

Ca parle de quoi ?
Julien et Mark se retrouvent pour une soirée chemsex. Contactés via une application de rencontre, ils sont rejoints par le couple Raph et Benoît, puis par Mehdi, bisexuel. Entre prise de drogues et pratiques sexuelles, les consciences s’éveillent.

+ D’infos
5 Guys Chillin’, de Peter Darney. Adaptation et mise en scène de Christophe Garro
Théâtre Clavel à partir du 22 janvier

Retrouvez cet article dans le nouveau numéro de Garçon Magazine disponible chez votre marchand de journaux.

Grégory Ardois-Remaud

Nantais d’origine, le jeune journaliste est un passionné avant tout qui aime s’évader dans le jardinage ou la littérature. Son talent caché ? Il connaît la bio de Louis de Funès sur le bout des doigts.