Combien de gays sont séropos ?

Publication des résultats de l’enquête PREVAGAY

Où en sommes-nous avec le VIH ? Quelle est la proportion de séropositifs parmi les gays qui fréquentent les établissements bars, saunas, sex-clubs ? Et que sait-on d’eux ? Quelques réponses sont apportées par l’enquête PREVAGAY qui a été réalisée en 2015. Ses résultats sont publiés aujourd’hui[i], quelques jours avant l’ouverture de la conférence scientifique internationale sur le sida (IAS).

 

Une enquête effectuée au cœur du monde gay

L’originalité de cette enquête, dont la première édition avait été effectuée uniquement à Paris en 2009, est d’aller à la rencontre des gays directement dans les établissements qu’ils fréquentent, y compris ceux où il y a une activité sexuelle sur place (Saunas, sex-clubs). Et on ne se contente pas de les interroger, on effectue un prélèvement de sang sur un buvard pour ensuite effectuer une analyse qui complète et confirme leurs déclarations.

 

 

 

 

Au final, on dispose des résultats pour 2646 participants recueillis dans cinq villes : Paris, Lille, Lyon, Montpellier, Nice. Bien sûr il ne s’agit que d’une estimation statistique avec ses marges d’erreur, et cela ne concerne que les gays qui sortent dans ce type de lieux. Mais cela permet de se faire une idée de la situation et des évolutions. Avec de bonnes et de mauvaises nouvelles !

 

 

14 % des gays séropositifs, c’est un peu moins que prévu

 

La proportion de gays séropositifs, nommée « prévalence », est en moyenne de 14,3 %, elle varie selon les villes, Paris et Nice sont aux alentours de 17 % tandis que Lille est plus proche de 7-8 %. Ces chiffres sont plutôt plus faibles que l’estimation souvent annoncée proche de 20 %. Cela varie selon l’âge, 18,6 % des gays de 45 ans et plus sont séropos, et 6 % des gays de moins de trente ans.

 

 

9 % des séropos ignorent qu’ils le sont, c’est en progrès

 

Ces 9 % sont les gays qui ont déclaré qu’ils étaient séronégatifs, mais leur test sanguin s’est avéré lui positif : ils ignoraient donc leur séropositivité. Dans l’enquête précédente ce chiffre était de 20 %, c’est donc un énorme progrès qui s’explique par la généralisation du dépistage régulier. Il faut absolument continuer de faire diminuer ce chiffre, un séropo qui s’ignore a de grande chance d’avoir une charge virale élevée, il est donc très contagieux. C’est par le dépistage régulier que l’on parvient à faire diminuer ce chiffre.

 

 

95 % des séropos sont sous traitement, c’est une bonne nouvelle

 

Et c’est la surprise de cette enquête : on a détecté des traces d’un traitement antirétroviral chez 95 % des séropos. Or un séropo qui se soigne bien n’est plus contaminant, car il maintient sa charge virale à un niveau très faible. Ce résultat est encourageant, car c’est un grand objectif de la lutte contre le sida : le traitement en rendant le virus indétectable devient un outil de prévention très efficace.

 

 

 

Qui sont les gays les plus exposés et donc les plus touchés par le VIH ?

 

Aucune nouveauté sur ce sujet : plus on s’expose, plus on rencontre le VIH ! Les éléments explicatifs des contaminations ne changent pas : avoir de nombreux partenaires, ne pas mettre systématiquement le préservatif avec des partenaires occasionnels, faire un usage immodéré d’alcool et de drogues, contracter de nombreuses IST.

Et voici les chiffres de PREVAGAY : dans l’année 45 % des gays ont plus de 10 partenaires, 32% ont eu au moins une pénétration anale sans capote avec un partenaire de statut sérologique différent ou inconnu, 20,8 % ont consommé au moins un produit psychoactif associé au sexe et 17,7 % ont eu au moins une IST. Notez que tous ces chiffres sont toujours supérieurs pour les séropositifs, par exemple 61 % n’ont pas utilisé systématiquement la capote, 36 % ont consommé une drogue, 34 % ont eu une IST.

 

Demain quelle prévention ?

PREVAGAY donne les bons points et les mauvais points de la prévention.

 

Bons points : dépistage et TASP (traitement comme prévention) sont en bonne voie.

Les gays fréquentant les établissements sont plutôt bien dépistés (seuls 9 % des séropos ne connaissaient pas leur statut, 63,4 % des séronégatifs avaient fait un test de dépistage dans l’année) et les séropositifs semblent très massivement suivre un traitement.

 

Mauvais points : usage du safer sex insuffisant, et prises de risques en progression.

L’usage du saper sex, s’il reste très répandu, notamment chez les séronégatifs (73 % déclarent employer systématiquement le préservatif pour la sodomie), est insuffisant chez les séropositifs. Il semble important de réfléchir à ce différentiel de comportement. L’usage de drogue associé au sexe se développe.

 

 

Crédit : sexosafe.fr

 

Interrogation : Et les jeunes, où en sont-ils ?

 

Enfin, la grande question, liée à la limite de cette enquête qui n’a touché que les gays qui fréquentent les bars, saunas et sexe-clubs, est de savoir comment mieux sensibiliser les jeunes : ils sont davantage sur les applications de rencontre que dans les établissements, il va donc être plus difficile de les atteindre.

 

 

 

 

Hervé LATAPIE

[i] Bulletin épidémiologique hebdomadaire 18, 18 juillet 2017.

 

 

 

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