Frédérick Boutry : « Bruxelles n’a peut-être pas le soleil mais elle a de quoi répondre aux aspirations de tous nos visiteurs LGBT. »

Les questions LGBT, cet expert en communication les connaît bien. Pendant, dix ans, il a été à la tête de Gus, un magazine gay multilingue distribué dans vingt-cinq pays....

Les questions LGBT, cet expert en communication les connaît bien. Pendant, dix ans, il a été à la tête de Gus, un magazine gay multilingue distribué dans vingt-cinq pays. C’est donc, en toute logique, que visit.brussels [office du tourisme bruxellois] le sollicite, en 2010, pour devenir leur référent afin d’accueillir au mieux les touristes LGBT. L’objectif : faire de la ville la capitale européenne des gays et des lesbiennes.

Propos recueillis par Nicolas Maille

COMMENT ÊTES-VOUS ARRIVÉ À VISIT.BRUSSELS ?
Je viens du marketing. Au début des années 2000, j’ai repris QS, un magazine gay gratuit, puis Gus, un payant distribué dans de nombreux pays. Ce fut un beau parcours dans la mesure où nous n’étions qu’une petite équipe et n’avions pas de mécène comme Têtu. La crise de 2008 a été compliquée à gérer. Nous avons dû arrêter le titre papier mais j’ai toujours un média online, gusmen.com, qui me permet d’avoir un regard sur l’actualité. En 2010, j’ai été sollicité par l’échevin du tourisme, Philippe Cosse, devenu Bourgmestre de Bruxelles en 2010. Très vite, ma mission s’est intensifiée. Il y a peu de destinations où l’on trouve une personne vraiment dédiée au développement du tourisme LGBT. C’était une vraie volonté politique de la part de Bruxelles. On m’a donc donné les moyens de mener mon action, même s’il a fallu être créatif.

QU’AURIEZ-VOUS À RÉPONDRE À CEUX QUI ACCUSERAIENT LA VILLE DE FAIRE DU PINK WASHING [UTILISATION DES GAYS À DES FINS MARKETINGS] ?
La Belgique a toujours été précurseur en matière de droits LGBT. Nous sommes l’un des premiers pays européens à avoir autorisé le Mariage pour tous, en 2003, et très vite nous avons obtenu l’adoption. Même s’il ne faut pas renier la dimension économique, l’action de la ville et de l’office du tourisme est légitime. Je ne me suis jamais senti « l’homo de service ». A contrario, je ne comprends pas les destinations qui veulent développer le tourisme gay alors que la vie pour les LGBT y reste encore difficile.

La gare centrale aux couleurs de la Pride (c)Eric Danhier

QUELLES DIFFICULTÉS AVEZ-VOUS RENCONTRÉES ?
Il fallait déjà trouver comment repositionner la ville et lui donner un côté plus sexy. Beaucoup la réduisaient à son côté bureaucratique et à son absence de soleil. C’était « boring Bruxelles ». Les journalistes des médias LGBT n’avaient pas spécialement envie de venir. L’autre difficulté, c’est que si Bruxelles n’est pas la ville la plus riche, c’est la seconde ville la plus diverse au monde et il reste encore beaucoup à faire pour lutter contre l’homophobie.

COMMENT AVEZ-VOUS PROCÉDÉ ?
La communication à l’international reste la base : achats d’espaces, inviter des journalistes sur des événements, réaliser des publirédactionnels. Mais la promotion ne fait pas tout. Il est nécessaire de développer un tourisme intelligent en travaillant avec le milieu associatif, le secteur privé, les pouvoirs publics, les forces de l’ordre… Les soirs de Démence, par exemple, les visiteurs doivent pouvoir être guidés et trouver l’information, bénéficier de plus de rames dans les transports et que tout le monde se sente en sécurité. L’idée n’est pas de leur prendre de l’argent, mais qu’ils passent avant tout un bon week-end !

Retrouvez la suite de l’interview dans le dossier spécial sur Bruxelles à lire dans le nouveau Garçon Voyage disponible chez votre marchand de journaux.

Crédit photo couverture : Jean-Pol Lejeune

Abonnez-vous gratuitement à notre newsletter

Vous aimerez aussi :