Tunisie

Tunisie : le sort d’une activiste queer attise les tensions

...

En Tunisie, des militants manifestent en soutien à une activiste queer, Rania Amdouni, depuis lundi 1er mars. Cette mobilisation intervient quelques jours après son arrestation.

Tunisie
Crédit photo : Capture d’écran Instagram / @femmes_democrates

Pour la justice ! Autour d’un sit-in, en Tunisie, des militants ont apporté leur soutien à une activiste queer, Rania Amdouni, lundi 1er mars. Cette mobilisation intervient alors qu’elle doit être jugée au tribunal de Tunis, lieu qu’il ont d’ailleurs choisi “pour atteinte à la pudeur”. Nous appelons à sa libération immédiate, inconditionnelle et l’abandon des charges contre elle. Nous demandons sa protection, un suivi sanitaire et psychologique.« , a clamé l’association à l’origine de la manifestation, dans un communiqué. Un rassemblement a également eu lieu le 4 mars, contre le verdict injuste du parquet de Tunis. Une manifestation reprise deux jours après, le 6 mars.

Une profonde injustice

Rania Amdouni est une figure éminente dans la lutte pour les droits LGBTQI+ en Tunisie. En janvier dernier, l’activiste a entrepris des actions coup de poing pour défendre la communauté lors de manifestations. Des actes qui ne sont malheureusement pas sans conséquences, puisque les forces de l’ordre, puis un groupe d’hommes, s’en prennent à elle, tant physiquement que verbalement. Sur les réseaux sociaux, les menaces se font plus virulentes. Ses données personnelles sont même partagées publiquement. Ce qui la pousse à supprimer ses comptes et à changer de quartier pour être en sécurité. 

A lire aussi : Propos homophobes : des associations saisissent l’IGPN

A la fin du mois, alors qu’elle pense hors d’atteinte, Rania Amdouni se rend au commissariat afin de porter plainte pour harcèlement. Au lieu de prendre en compte sa demande, les policiers arrêtent l’activiste queer sur le champ. Jeudi 4 mars, la justice de Tunis a condamné Rania Amdouni à six mois d’incarcération ferme, « dans la prison de Manouba”, sans qu’elle puisse se défendre. « Personne d’autre n’a été entendu, ni témoins ni accusés, et la justice a refusé de partager les images de vidéosurveillance. », a confié son avocate, Amine Hadiji, à l’AFP.

Une politique homophobe

Encore aujourd’hui, la Tunisie pénalise les minorités LGBTQI+ et n’a adopté aucune politique en leur faveur. Sous l’impulsion de la police et de la justice, le pays autorise l’usage de tests anaux pour cibler et réprimer l’homosexualité masculine. Enfin, sur le volet judiciaire, les tribunaux condamnent injustement les personnes en raison de leur orientation sexuelle et/ou de leur identité de genre. En 2019 notamment, le Collectif civil pour les libertés individuelles a fait état de 120 procès de ce type.