Djalil, victime d’inceste pendant son enfance

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Ancien musulman et ouvertement gay… Djalil, écrivain gay lyonnais, publie Le Salon Marocain en 2019. Dans une autobiographie personnelle, il témoigne de son expérience de l’inceste à l’heure où il demeure encore un non-sujet. Aujourd’hui, il se livre donc à coeur ouvert.

Djalil

De la libération d’un poids ! L’histoire de Djalil avec l’inceste, ou plutôt sa volonté de s’en extirper, démarre avec Le Salon Marocain, en 2019. Alors qu’il est encore enfant, son père l’invite à le rejoindre dans la pièce en question, sans motif apparent. Loin des regards, le parent âgé s’adonne à des attouchements sexuels. A ce moment, le petit garçon qu’est Djalil crie sa désapprobation, qui sonne comme un bruit sourd dans l’oreille du père. Revirement glaçant, les attouchements se font alors plus explicites, plus bas et plus insistants. Une victime est faite. Dramatique ! 

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Suivant ce délit incestueux, Djalil fait tout son possible pour ne plus penser, mais les contacts répétés avec le père ravivent les souvenirs de cet horrible événement. “J’ai eu peur de mon père lorsque j’étais dépendant financièrement et sous son toit.”, confie l’auteur. Dès lors qu’il prend conscience de son homosexualité, l’écrivain y voit une occasion de saisir la porte de sortie. Mis à la rue rapidement, il trouve un travail, ce qui lui permet d’avoir son propre logement. Puis, la première relation avec un homme… est la libération d’une longue étreinte oppressante ! Enfin, pour lui.

Une tragédie à répétition

Suivant son indépendance, Djalil réussit à mettre le plus de distance possible avec son père. Pendant sa vie étudiante, puis sa vie de jeune travailleur, il rend visite à sa mère et ses sœurs lorsqu’il n’est pas là. En cela, cet éloignement lui permet d’avancer en apparence. Un beau jour, sa grande sœur l’exhorte de venir de toute urgence. En cause, son enfant, neveu de l’auteur, a subi des attouchements sexuels de la part du père de Djalil. C’est le retour des mauvais souvenirs de ce Salon Marocain, jusqu’ici mis sous silence. 

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De ce crime familial qui se répète, Djalil intente un procès contre son père pour que justice soit faite. Les audiences s’enchaînent pendant de nombreux mois, les interrogatoires lèvent le voile sur de sombres vérités. En cause, son père a été une des victimes d’incestes et a répété le cycle sur sa descendance. “Je n’ai pas honte pour mon père. J’ai plutôt de l’empathie, de la peine. Contrairement à moi, il n’a pas pu faire cesser cette pratique incestueuse et faire condamner son agresseur.”, explique Djalil. Finalement, le verdict tombe en 2020, justice est faite. “Mon père a été condamné à deux années de prison avec sursis, des soins obligatoires, il figure notamment dans la base de données des délinquants sexuels. Je n’ai pas souhaité de réparation financière, car ce n’est pas l’argent qui a guidé mon action.”, confie l’auteur. 

L’heure du dénouement

Aujourd’hui, l’auteur peut enfin être en paix avec lui-même et poursuivre sa vie, ses vies comme a notamment pu l’illustrer le dénouement de son ouvrage autobiographique. “J’ai l’immense luxe d’avoir clôturé ce chapitre pour en faire une force, au service d’autres.”, exprime-t-il. Aujourd’hui, Djalil “compose une chanson sur le thème de l’inceste pour donner du courage et de l’espoir” sur le problème lié à l’inceste. L’objectif : ouvrir la voie vers la justice de tou.te.s. Fantastique conclusion ! 

Djalil

Interview express avec Djalil : 

Avec le mouvement de libération qu’a orchestré Camille Kouchner avec La Familia Grande, l’histoire de Djalil a refait surface. Pour cette raison, l’auteur, victime et témoin d’inceste, pose un regard neuf sur cette controverse familiale.

Avec cet élan dynamique des victimes à témoigner à cœur ouvert, en quoi est-ce important de livrer à nouveau ton témoignage en plus des lignes qui sont consacrées dans ton ouvrage ? 

Libérer sa parole via des hashtags #MeTooInceste est un pas courageux, qui permet de dénoncer sur la toile des situations malheureuses qui existent dans notre société quel que soit le milieu. 

Au-delà, je souhaite sincèrement que cette parole dénoncée virtuellement soit suivie d’actions dans le monde réel, en fonction de la maturité, la résilience et du courage de la victime ou du témoin. Libérer la parole sur les médias est une étape qui peut permettre d’identifier un agresseur, de protéger d’autres éventuelles victimes.

Le problème concerne, pour le moment, principalement les femmes, qui sont les plus touchées. Pourtant, juges-tu que les minorités sexuelles, notamment gaies, comptent aussi beaucoup de victimes ? 

Les minorités sexuelles gaies comptent beaucoup de victimes d’inceste, oui. Lors de la publication de mon livre, j’ai été frappé par des messages m’indiquant que de nombreuses personnes ont été victimes, mais qu’elles n’ont pas souhaité en parler ou n’ont pas eu la force de pouvoir entamer des démarches.

Puis, lorsque j’ai pris la parole dans « Le Progrès », « La Nouvelle République », « Viva », j’ai eu des messages de victimes et je reste à leur disposition pour échanger si besoin est, car je suis passé par là, même si dans chaque histoire, la souffrance est différente. 

Finalement, y-a-t-il une part d’engagement pour les minorités LGBTQI+ dans ce geste ?

Oui et non. Ma prise de parole va bien au-delà de ma communauté, il s’agit d’un engagement pour toutes les personnes victimes ou témoins quelle que soit la communauté. Malheureusement, l’inceste existe et n’a pas de frontières.

Plus d’infos :

Pour découvrir l’histoire de Djalil, procurez-vous son ouvrage, Le Salon Marocain.

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