PHOTO, Elie Villette : tout un univers ! SERIE PUPPY

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Le modèle ?

Pedro vit à Sao Paulo, dans le quartier de Campos Eliseos. Caissier dans un restaurant le jour, il s’adonne la nuit au Puppy Play. Docile sous l’objectif du photographe Élie Villette, il s’est laissé dicter quelques poses avec la soumission pour nature, et nous a parlé de sa pratique à quatre pattes, et comment le BDSM avait pu être libérateur pour lui. 

« J’ai grandi dans la plus plus grande cité minière d’Amérique latine, Volta Redonda, au sud de l’Etat de Rio de Janeiro. Une ville moyenne pour le Brésil, un peu étriqué pour la communauté LGBT, tout le monde se connaît, les gens parlent beaucoup. Depuis ma chambre d’ado, c’est sur internet que j’ai découvert le puppy play pour la première fois, cela a attisé ma curiosité. Mais à Volta Redonda, je ne me sentais pas libre, j’avais besoin de changer de vie… J’ai été happé par la scène artistique bouillonnante de Sao Paulo. 

Arrivé là-bas, je suis tombé sur Twitter sur un “master” qui recherchait un “slave” pour une soirée. Je me suis laissé tenter. Trois jours de fête dans une villa de luxe louée sur Airbnb, avec le temps de pratiquer et, pour moi, de découvrir le fist, le bondage, le wax play et puis un premier contact avec le puppy play. Je suis devenu l’esclave de ??? 

Il m’a beaucoup appris, et m’a offert mon premier masque. À partir de là, j’ai commencé à fréquenter la scène puppy de Sao Paulo. Nous nous réunissions sur le trottoir du Soda Pop Bar, dans le quartier de Repùblica. Je dois reconnaître que c’était assez surréaliste pour moi.

Lors de ma première relation sexuelle en tant que puppy, je me suis senti bien. J’ai toujours été soumis, être le chien d’un maître, c’est le summum de la soumission. Après, ça demande beaucoup de temps, tu dois te dédier complètement à l’autre, ce n’est pas évident. Aujourd’hui, je passe parfois de l’autre côté, c’est plus compatible avec mes horaires de travail. Après tout, qui n’aime pas donner des ordres ? Je suis capricorne, je suis un maître depuis que je suis dans le ventre de ma mère. Je suis mon propre esclave, et mon propre maître. Pour mes 32 ans, je me suis offert un second masque. Je n’ai pas encore de queue parce que cela reste très cher ici. 

Avec la pandémie, tout s’est arrêté, je n’ai rien fait depuis un an. Je commence seulement à reprendre, mais je ne sors pas beaucoup. Tous les lieux où nous nous retrouvions, toutes les fêtes, se sont endormis. Je fais seulement des cam’ depuis mon petit studio. Mais le puppy play a considérablement changé ma vie, j’ai rencontré plein de gens incroyables, intelligents, ouverts et respectueux. Ce sont devenus mes amis.

J’ai beaucoup appris sur moi-même, ça m’a aidé à m’accepter, à m’affirmer, à me sentir vivant et comprendre les gens. Je n’avais pas encore eu l’occasion de faire des photos… A vrai dire, je ne sentais pas suffisamment beau, pourtant cela m’a ouvert de nouvelles portes, je me suis senti beau dans mon corps et dans mon cœur. Une balade matinale dans le jardin suspendu d’Elie. Une balade qu’aurait pu faire mon chien Billy, un west highland white terrier que j’ai laissé chez mes parents. Il va avoir 9 ans en juillet. C’est mon enfant. Une fois, j’ai mis mon masque avec lui, il n’en a pas fait cas. » 

Elie Villette pratique la photographie depuis une petite dizaine d’années. A ses débuts, de façon très autocentrée, à base d’autoportraits et de mises en scène interrogeant son identité, sa masculinité, la liberté. Avant de tourner son regard sur l’autre, son corps, sa sexualité, mais toujours avec un zeste d’absurde et de légèreté qui nous rassure sur la futilité de nos existences qui ne tiennent à rien sinon au désir, à l’amour. Un regard réaliste parfois maquillé, souvent chargé d’érotisme, capté au fil de ses rencontres.

Pedro, Billy, Sao Paulo, 2021 ©Elie Villette

Plus d’infos :  https://elie-villette.format.com/

Son insta : @villette.elie