Prostitution gay : la fin d’un tabou?

Depuis quelques années, Internet a modifié notre regard quant à l’escorting. S’il y a de moins en moins de prostitués de rue, le nombre d’escorts gay ou de clients...

Depuis quelques années, Internet a modifié notre regard quant à l’escorting. S’il y a de moins en moins de prostitués de rue, le nombre d’escorts gay ou de clients sur les différents réseaux sociaux est en explosion. Nouveaux profils et nouvelles pratiques, la prostitution se réinvente et se fait moins taboue.Pour vous, nous sommes allés à la rencontre de ces nouveaux acteurs et de spécialistes qui nous expliquent les enjeux de cette mutation.

Par Grégory Ardois-Remaud & Léo Fourrier

 

 

 

  • La prostitution

    Une Histoire française

    Il paraît qu’il s’agit du plus vieux métier du monde. Néanmoins, celui-ci n’a pas toujours été apprécié de la même façon. Petit rappel historico-juridique et perspectives d’une profession qui ploie mais ne rompt pas.

UNE BELLE EPOQUE ?

Dérégulée jusqu’en 1804, les mesures de Napoléon n’exemptent pas les prostitué(e)s.Le « régime de prostitution réglementée », en vigueur jusqu’au crépuscule de la troisième République, permet ainsi l’âge d’or des maisons closes, aussi appelées, maisons de tolérance. Si les aventures de Charlus et Saint-Loup dans La Recherche du Temps Perdu peuvent en témoigner, la prostitution masculine connaît elle aussi, un essor retentissant. C’est une pratique tolérée entre les murs qui s’épanouit et cette culture du secret, permet les rapports tarifés…Quitte à développer par la même occasion le proxénétisme

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  • VINCENT RUBIO

    SOCIOLOGUE

« Internet a donné la possibilité de se prostituer à des gens qui ne l’auraient pas fait sans »

Avec l’arrivée d’Internet, la prostitution gay a été véritablement métamorphosée. C’est notamment ce constat que Vincent Rubio a mené ses recherches pendant trois ans, auprès de jeunes hommes proposant des prestations sexuelles rémunérées à Paris et en île-de-France. L’occasion de dresser le portrait de cette pratique en mutation et de ces nouveaux acteurs.

 

Pourquoi vous être intéressés à la prostitution sur Internet chez les jeunes homos (18-25 ans) ?

Il y a deux raisons. D’abord, je trouvais que c’était une formidable occasion de réfléchir à la prostitution autrement qu’à travers la relation homme/femme et grosso modo la domination masculine car c’est souvent vu sous ce prisme-là. Le récent vote de la loi de pénalisation des clients (avril 2016 ndlr) et les débats, ont bien montré que tout était focalisé sur la prostitution homme/femme. Là, je trouvais passionnant de parler des relations homme/ homme et c’était l’occasion de remettre en question un certain nombre de lieux communs là-dessus. Le deuxième point, plus scientifique était la dimension Internet. Je me suis questionné sur l’impact du développement des nouvelles technologies sur cette activité.

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  • FOCUS ESCORT

    ANTOINE* 50 ans, BORDEAUX

    « On reste des « putes » pour la majorité des gens et des gays eux-mêmes. »

A un âge où beaucoup d’escorts ont arrêté cette activité, ce quinquagénaire a débuté cette pratique il y a quatre ans, en parallèle de son métier. Lucide sur sa situation et sur le regard du public, il nous raconte son parcours.

 

Comment as-tu commencé l’escorting?

J’ai commencé il y a 4 ans environ. Plusieurs fois, j’ai refusé des plans avec des mecs rencontrés dans des bars ou sur des chats. Certains m’ont demandé si j’accepterais en me faisant payer. J’ai accepté une fois à cause d’un problème d’argent ponctuel et c’est comme ça que tout a commencé. Depuis, je n’ai jamais vraiment arrêté, dans la mesure où je choisis les moments où j’accepte les rendez-vous.

Est-ce que tu as des limites?

Oui, bien sûr, il faut en avoir. Je ne fais pas de plans SM ou crades. De même, il n’ y a pas de drogue lors de ces plans. Le plus important c’est de se respecter.

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  • FOCUS CLIENT

    LUC* 35 ans, Paris

     

 » L’escorting, c’est l’uberisation du sexe. « 

Il fait partie de cette nouvelle population qui a recours à l’escorting. Jeune, beau, fréquentant assidûment le milieu gay parisien, il n’a aucun problème pour séduire. Pourtant, depuis deux ans, il fait appel aux services d’escorts. Pour Garçon, il a accepté de nous expliquer son « choix ».

 

Ton profil sort complètement des clichés qu’on peut avoir sur les clients d’escorts. Pourquoi faire appel à ces prestations alors que tu pourrais facilement draguer dans le milieu gay ?

Pour moi c’est un choix. Je me suis tout doucement laissé entraîner dans cette voie-là, plus simple…Mon ex faisait escort dans mon dos. Je l’ai découvert par téléphone. Ca m’a mis le pied dedans, je suis allé voir son profil sur PlanetRomeo. Il y a la page drague classique et le page escort, je me suis dit pourquoi pas. La facilité qui consistait à choisir la taille, l’âge, la proximité du mec. Je tape mes critères et, là une tripotée de très beaux mecs apparaissent. C’est plus rapide, plus efficace que lorsque tu sors dans un bar où tu dragues un mec, tu lui offres des verres, sans résultat garanti à la fin. Alors que là, le mec vient chez toi, fait ce qu’il a à faire et s’en va.

 

Est-ce que tu pourrais faire appel à la prostitution de rue?

Non je ne crois pas. Je reçois les escorts chez moi. Je n’aurais pas ma zone de confort, ma bulle pour me faire plaisir.

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  • Thierry Schaffauser

« Avec le STRASS on a mis en place une mutuelle santé depuis juin »

Travailleur du sexe depuis plus de 15 ans, Thierry Schaffauser est également syndicaliste au STRAUSS (Syndicat du TRAvail Sexuel). Engagé depuis plus de 10 ans dans la protection de ses pairs, nous avons pu parler des avancées de statuts, des conditions de vie, des droits (ou absence de droit) et de la protection des personnes qui se prostituent.

Comment considérez-vous le statut des prostitué(e)s aujourd’hui en France?

Le statut officiel est celui « d’inadapté social », institué par les ordonnances de 1960-61. C’est un peu oublié depuis, mais il n’ y a pas vraiment eu de réforme ou de réflexion. On est reconnus comme travailleurs uniquement par le RSI et l’ Ursaff en tant que travailleur indépendant (les lois contre le proxénétisme empêchent le salariat, ndlr). Après, la dernière loi d’avril 2016 nous évoque comme « victimes de la prostitution », c’est la nouvelle expression utilisée…Nous n’avons pas de réel statut et dans la pratique, il y a des discriminations, des théories qui justifient notre incapacité légale, qui visent à nous considérer comme mineurs. On ne peut consentir à avoir des rapports avec nos clients puisqu’ils peuvent être pénalisés.

[…]

 

Dossier à retrouver en intégralité dans Garçon Magazine, numéro 11, disponible chez votre marchand de journaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grégory Ardois-Remaud

Nantais d’origine, le jeune journaliste est un passionné avant tout qui aime s’évader dans le jardinage ou la littérature. Son talent caché ? Il connaît la bio de Louis de Funès sur le bout des doigts.

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