Le film de la semaine : Les Funérailles des roses

Les Funérailles des roses nous plonge dans le monde de la nuit gay japonais, à la fin des années 1960. Au travers du regard de trois personnages, Leda, Eddie...

Les Funérailles des roses nous plonge dans le monde de la nuit gay japonais, à la fin des années 1960. Au travers du regard de trois personnages, Leda, Eddie et Gonda, c’est un film d’un tout autre temps autour de la communauté LGBTQI+ qui nous est montré. Signé Toshio Matsumoto, cette œuvre posthume est disponible en DVD depuis octobre dernier.

« Je suis la plaie et le couteau. Je suis le soufflet et la joue ». Dès son ouverture, Les funérailles des roses plante le décor d’une apologie à la mort et à la souffrance sans que nous n’en connaissions les motifs. Interloqué, le spectateur ne sait donc pas à quoi s’attendre. Rapidement, la trame introduit un rapport sexuel entre deux hommes. L’idylle est brève et momentanée, la musique l’accompagne et le silence est palpable. On se croirait plonger dans le tournage d’un scène érotique pour un film amateur.

Porté par un savant portrait de deux amants, le réalisateur introduit un cadre intimiste propice à leur relation. Le clin d’oeil au cinéma américain est vite établi, dont il s’empare des codes et apporte sa propre touche. Nous nous croirions revivre la scène très Hitchockienne de Psychose, dans une version plus gay. Et, les appropriations ne s’arrêtent pas là puisque la scène du trajet en voiture se prête à la fuite de Marion Crane, toujours abordée avec originalité. A terme, la persistante patronne Leda vient semer le trouble :. « Elle se vengera de moi pour lui avoir pris son homme », dit alors Eddie. Ce n’est pourtant là que la surface d’une problématique bien plus profonde encore.

Un film avant-gardiste

Toshio Matsumoto s’empare avec brio des univers chers aux univers de Charlie Chaplin et de Disney pour mieux l’assimiler au milieu des cabarets transformistes de l’époque. La recette finale donne une saveur exquise, divinement mêlée à l’univers drag américain (comedy- et beauty-queens et à la culture japonisante (kabuki, shamisen, chant). Dans un parfaite contre-choc, le réalisateur dessine de véritables créatures aux traits androgynes, ceux de femmes en apparence et qui pourraient tromper n’importe quel homme si elles ne parlaient pas. Magique !

Le libertinage sexuel occupe une place importante, tel un Tokyo Decadence des années 1990, vingt-ans plus tôt. Le réalisateur met en abîme un plaisir exacerbé et à découvert, des baisers publics jusqu’aux orgies. Tout est mis en œuvre de telle sorte à ce que ces comportements très gays paraissent normaux et bien intégrés dans la société japonaise. Sacrée avance sur son temps !

Après l’amour vient la mort

Dans un rythme effréné, le cinéaste plonge ses personnages dans un décor morbide, fait de débauche, d’interdit et de meurtre. Au fil de ses séquences, il dépeint le matricide, l’inceste et le suicide jusque dans sa plus profonde noirceur. Et lorsque Leda, après avoir perdu le seul homme qu’elle aimait, se suicide, le titre du film prend tout son sens. Soit, une sublime créature dans un lit écumé de roses. Divinement macabre !

Plus d’infos :

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